lundi 20 février 2017

La génération la plus chanceuse de l'histoire

Je suis né quelques années après la guerre, six ans après, en Europe et pas n’importe où en Europe, en Belgique c’est-à-dire dans la partie la plus avancée de l’Europe de l’après-guerre. Le Portugal et l’Espagne étaitent encore sous dictature fascistes et le resteront jusque 1975, la Grèce connaîtra la dictature des colonels et l’Europe centrale vivra derrière le mur jusque la fin des années quatre-vingt. J’ai conscience d’être d’une génération chanceuse, peut-être la plus chanceuse de l’Histoire. J’ai connu pratiquement le meilleur de ce qu’on a appelé les trente glorieuses qui désigne la période de prospérité exceptionnelle s’étendant de la fin de la guerre en 1945 jusque 1974, 75. L’accord social élaboré à la fin de la guerre a assuré les droits sociaux pour tous, le droit aux soins de santé, à des allocations sociales, à des congés payés, à une pension décente, à l’enseignement pour tous. J’ai connu une enfance et une jeunesse insouciante où nous pouvions, nous amuser, nous former, nous révolter. La révolution culturelle qui a suivi mai 68 nous a donné la possibilité de choisir et de construire librement le mode de vie qui nous convenait, libéré des idées figées héritées de la bonne éducation classique ou religieuse. Elle nous a permis de prendre conscience de l’autonomie, de l’autodétermination de l’être humain : c’est l’homme qui se détermine face aux événements et non plus les croyances ou les idéologies avec en corollaire ce défi : désormais, il n’y a plus rien de définitif, il n’y a pas de modèle fini, il faut choisir et se construire à tout moment.
J’ai connu la classe ouvrière et l’importance déterminante à cette époque du mouvement ouvrier mais j’ai connu aussi ce qu’Aurélie Filippetti a appelé la fin de la classe ouvrière et de son rôle prégnant dans la société. J’ai participé aux mouvements pacifistes, aux actions de solidarité avec les mouvements de libération en Amérique latine ou en Afrique. J’ai participé aux actions de solidarité avec les réfugiés et sans papiers… Ma génération a eu la chance de connaître à la fois une certaine insouciance économique et à la fois la volonté d’être solidaire et d’agir pour plus d’égalité et de droits pour tous.
J’ai connu le développement de la radio, de la télé, de la culture de masse. J’ai connu une des plus importantes révolutions technologiques née avec l’ordinateur, internet, le smartphone et maintenant l’internet des objets, les robots, les voitures sans chauffeurs…
Je sais qu’aujourd’hui, il faut se battre pour défendre les acquis sociaux mis à mal sous les coups de boutoir du capitalisme mondialisé. Je sais que depuis la fin des trente glorieuses, l’incertitude règne en maître, de larges pans de la population connaissent le chômage et l’exclusion. Que l’angoisse est forte face aux nouvelles technologies qui remplacent le travail humain. Je crois aussi que l’avenir est fait de lutte pour plus de qualité de vie que de quantités à consommer.
La génération qui nous suit a moins de chance que la mienne et que se passera-t-il pour la génération suivante, celle de mes petits-enfants. L’idée que les générations futures seront moins bien que nous fait son chemin.
Pour ma part je reste optimiste car je crois que des révolutions mentales sont possibles qui conduiront par exemple à une diminution radicale du temps de travail et à un système quel qu’il soit d’allocation universelle.
C’est pourquoi je me dis souvent que nous avons été la génération la plus chanceuse de l’Histoire. Il y a eu par le passé de grandes civilisations, égyptienne,  grecque, romaine. Il y a eu l’époque vénitienne…Il y a eu tant de périodes faites de grands bonds en avant créatifs de richesses et de beautés.  Sans doute les classes possédantes de l’époque étaient-elles ravies, gavées de richesses, de culture, de palais somptueux, mais au prix de guerres de domination permanentes et à quel prix pour les non patriciens, pour la plèbe, pour les esclaves.
On me rétorquera que la société actuelle s’est aussi construite sur le pillage du tiers monde, sur l’exploitation des travailleurs. C’est évident et cela me révolte encore. Mais si je parle de nous, génération européenne sans guerre directe, sans faim et avec quelques soit le statut, le droit de manger, le droit à un toit, le droit aux loisirs… Il faut alors reconnaître que nous avons été bien chanceux.
Je me dis parfois que le bien-être matériel ne suffit pas. Il me faut de la découverte, de l’incertitude, de l’inconnu, en un mot de l’aventure, de l’envie, du manque que je sois obligé de combler par moi-même… Et parfois j’ai comme des regrets, l’impression que tout est fait, tous les territoires sont découverts, les inventions essentielles sont là, on ne fait plus que modifier ou améliorer le produit, la voiture ou la machine… Il semble ne nous rester que l’aventure intellectuelle ou artistique. J’y saute à pieds joints mais avec une petite pointe de nostalgie pour ces temps où il restait tant de territoires et d’espaces inconnus. Quel luxe pourrais-je dire que de se plaindre de ne pas avoir eu l’occasion de prendre des risques.
Je me dis aussi, Il devait être bien le temps où seuls cinq cents millions d’être peuplaient la planète !!! Mais si je réfléchis, je me dis que l’aventure qui nous attend aujourd’hui est d’apprendre à vivre à dix milliards, sur la même surface, sans se faire la guerre et si possible en étant bien ensemble. Beau défi non ?
Vraiment je suis né dans la génération la plus chanceuse de l’histoire, dans un continent où le pire est passé….Je l’espère.

Allei, à la semaine prochaine, je dois vous parler de ma boulangerie et de ma fabrique de pâtes.

lundi 13 février 2017

Le cerveau et le larinx produirent l'humanité

J’achève mon histoire commencée il y a quinze jours. Je vous passe des détails et deux ou trois milliards d’années. Je ne vous raconté pas comment des molécules se sont accouplées, fusionnées, unies pour produire d’autres cellules plus complexes et plus riches. Les mutations ont été lentes mais constantes. La collaboration n’a jamais cessé. L’accumulation des mutations a permis à la nature de produire des chefs d’œuvre.
Il y a six millions d’années homo s’est séparé du chimpanzé et des primates. Ce qui nous sépare est le fait qu’Homo vit debout. (Les chimpanzés sont capables de se mettre debout mais pour de courts moments). On l’appellera l’homo habilis, il commence à fabriquer des objets à partir de galets, il crée le feu de camp (en récupérant les braises laissées par les incendies d’orage) qui lui permet de dormir tranquille à l’abri d’autres carnivores, il voyage et se déplace, l’Homo erectus se développe. Et il y a cent cinquante mille ans, apparaît en Afrique une nouvelle variété d’Homo. Ce qui est surtout nouveau c’est son crâne qui atteint mille quatre cent centimètres cubes, le double de celui d’Homo habilis. Le cerveau contenu dans ce crâne a déjà le même volume que le nôtre. Il va produire plus d’outils plus affinés, des vêtements qui lui permettront de résister au froid. Certains quittent l’Afrique et s’installent en Asie (il y a cinquante mille ans), d’autres en Europe (il y a trente-cinq mille ans). Homo erectus disparaît sous la pression de ces nouveaux venus, capables de s’organiser et de mettre au point des stratégies de chasse et autres : Homo Sapiens est né.
Outre le volume de son cerveau, un autre élément lourd de conséquence est changé : la position et la forme du larynx. L’air y passe à travers des cordes vocales, produit des vibrations capables d’être modulées grâce au mouvement de la langue et des lèvres. Des sons articulés sont possibles et vont donner naissance au langage.
L’existence du cerveau et du larynx va donner naissance à la véritable intelligence. Le cerveau humain de mille quatre cents centimètres cubes est riche d’environ cent milliards de neurones. L’homme dispose ainsi de deux fois plus de connexions qu’il n’y a de secondes dans quinze millions d’années. Au départ cette machine, s’il elle existe, n’est pas en état de fonctionner. Il faut un immense travail pour que les portes s’ouvrent, que les connexions opèrent, pour que le potentiel intellectuel se transforme en intelligence active. Pour cela il faut un apport extérieur. Les sens lui en fournissent, mais l’intelligence sensorielle ne concerne qu’un neurone sur cinq mille. Homo a besoin pour se construire sapiens d’autres choses que les données brutes que sont les couleurs, les sons, les odeurs et les goûts. La structuration du cerveau est donc le résultat de son propre fonctionnement. Mais pour s’autoconstruire, le cerveau a besoin d’une nourriture plus riche. Les sources les plus précieuses qu’il va trouver sont les cerveaux de ses semblables. La porosité la plus importante est celle qui donne accès au fonctionnement intellectuel de l’Autre. Ce qui permet cette porosité c’est le langage. Grâce au langage, on pourra se transmettre non seulement des connaissances et des informations, mais aussi des projets, des angoisses, des espoirs et des émotions. La transmission des savoirs va s’accélérer. L’homme va composer des phrases avec des mots et les autres seront capables de comprendre ces phrases, ces idées mais seront aussi capables de retenir et de ranger les mots de la phrase pour en faire d’autres phrases et émettre d’autres idées et concepts (on ne parle pas de Trump ici hein !!). Tout cela grâce à ce nouveau larynx. Il y a six mille ans, l’invention de l’écriture va permettre de communiquer à travers le temps et de stocker de la mémoire. Il y a un peu plus de cent ans la radio, puis la télévision va transmettre les informations à travers l’espace. L’informatisation et la numérisation va permettre un échange illimité de l’information.
Pendant longtemps l’évolution de la population humaine a simplement résulté d’un équilibre entre les naissances et les morts. Peu à peu son effectif s’accroît, d’abord à un rythme lent. Dix mille ans avant Jésus Christ, l’effectif n’est que de cinq millions d’êtres humains. L’agriculture va lui permettre d’atteindre un effectif de deux cent cinquante millions. Cela va rester ainsi durant le premier millénaire. Au treizième siècle, nous atteindrons quatre cent millions, puis huit cents millions au XVIII ième. Et puis les choses vont s’accélérer, le premier milliard est dépassé en 1825, le deuxième en 1925,  le troisième en 1960, le quatrième en 1975, le cinquième en 1987, le sixième juste avant l’an deux mille. Nous sommes aujourd’hui, en 2017,  sept milliards et demi d’êtres humains. On parle de onze milliards en 2050.
L’accélération de l’information et de l’intelligence a permis le développement et avec lui l’accroissement de la population. Il est possible aujourd’hui, si on le veut, de nourrir les sept milliards et demi d’habitants et ceux qui vont venir. Il faut pour cela que les révolutions technologiques soient mises au service de tous et que la richesse  produite soit répartie. Mais d’énormes dangers guettent la planète. La molécule, la bactérie a produit l’homme grâce à une collaboration sans limite, saurons-nous la poursuivre ?
Ainsi, après quinze milliards d’années, du big bang, de la poussière et des gaz est sortie une petite planète où s’est formée une purée qui par une infinité de coïncidences a donné vie à des structures toujours plus riches : des protons, des noyaux, des atomes, des molécules, la reproduction, la respiration, les espèces, le cerveau, le larynx, l’homme…doté d’un pouvoir qu’aucun autre n’a reçu : l’intelligence, le pouvoir de prendre le relais de la nature et de se charger lui-même de la suite des événements. Qu’en fera-t-il ?
Je termine par cette belle idée d’Albert Jacquard qui crée le concept d’Humanitude. « Plus que le passage de la nature à l’artifice c’est le remplacement de l’Humanité reçue par l’Humanitude construite qui décrit l’aventure humaine. Cette Humanitude allons-nous la dilapider ou la construire. L’homme d’aujourd’hui ne peut plus s’abandonner au cours naturel des choses en espérant que tout ira pour le mieux. Il ne peut plus prier des puissances extérieures. Il lui faut afficher ce qu’il veut pour demain regarder et gérer les contraintes. Il n’y a pas d’ailleurs accessible pour y vivre. Nous n’avons que notre planète. S’il en existe une autre elle est à des millions d’années lumières et donc inatteignable. On pourra glaner ici ou là des minerais et autres matières. Mais notre planète est le seul endroit où nous pouvons vivre, nous sommes assignés à résidence et son avenir dépend de nous. »

Allei, c’est pas tout ça mais j’ai du pain à cuire moi hein !!
(ce texte est largement inspiré du livre d'Albert Jacquard: La légende de la vie)

lundi 6 février 2017

Certaines apprirent à respirer

Les premiers objets que l’on peut qualifier de vivants sont apparus sur terre il y a trois milliards et demi d’années. C’étaient de minuscules gouttes issues de la « soupe » primitive (voir ma chronique de la semaine dernière). Ces gouttes ne se dissolvaient pas car les éléments la composant étaient rendus étroitement solidaires par l’existence d’une membrane. Parmi ces éléments, un brin d’ADN était porteur de l’information permettant de réaliser diverses protéines. Les bactéries présentes sur terre il y a trois milliards et demi d’années étaient semblables à celles que nous pouvons observer aujourd’hui (on a retrouvé des membranes pétrifiées). Difficile à accepter mais c’est grâce à ces êtres frustres que nous sommes présents. Ils étaient capables de se reproduire et c’était là leur arme essentielle : une bactérie qui peut se dédoubler toutes les vingt minutes aboutirait au bout de 24 heures à une population telle que serrées les unes contre les autres (elles font à peine un micron de diamètre) elles recouvriraient le territoire de la Wallonie.
C’est déjà une victoire inouïe dans laquelle le temps perdait toute prise pour exercer son pouvoir destructeur. Au lieu de résister au temps par l’inertie, comme les pierres simplement capables de durer, les bactéries narguaient le temps en faisant sans fin des doubles d’elles-mêmes.
Mais, problemo comme dirait mon grand-père, cette prolifération sans fin devint vite inquiétante, comme une tumeur qui grandit sans autre objectif que de croître et dans une uniformité terrifiante. Heureusement des erreurs se produisirent et ci et là des descendants d’une cellule naissaient différents, dotés de pouvoir que ne possédait pas leur cellule mère. La diversité s’accrut lentement. Elle permit l’interaction non plus seulement entre différents éléments à l’intérieur d’une bactérie mais entre bactéries elles-mêmes. Les différences apportèrent ainsi un ressort supplémentaire au déroulement de notre histoire. Au lieu de se dire « que le plus fort gagne », les bactéries comprirent qu’elles avaient intérêts à collaborer.
Grâce aux erreurs de reproduction, aux accidents de transmission, les bactéries ont mis en place au bout de quelques centaines de millions d’années une immense variété de souche. Elles avaient imaginé d’innombrables métabolismes. Associées en colonies riches de nombreuses espèces, elles pullulaient dans les milieux les plus extrêmes et chaque espèce faisait sa part : certaines s’adaptaient au froid, d’autres à la chaleur, certaines au milieu acide, d’autres au milieu basique, certaines trouvaient leur énergie dans la lumière du soleil, certaines produisaient des déchets que d’autres utilisaient comme nourriture. Certaines ont même été capables de fixer sous forme d’acides aminés l’azote de l’air, tandis que d’autres (et à la suite tous les êtres vivants) utilisaient ces acides aminés pour synthétiser les substances constituant leur organisme.
Les bactéries photosynthétiques  utilisaient au début l’hydrogène sulfuré rejeté dans l’atmosphère par les volcans. Quand cette source s’épuisa, des bactéries furent capables d’utiliser une autre matière première : l’eau. Mais la décomposition de l’eau donnait de l’hydrogène ET de l’oxygène, poison terriblement toxique. Apparurent alors les « cyanobactéries », plus connues sous le nom d’algues bleues, qui provoqua un véritable cataclysme planétaire. En quelques centaines de millions d’années la quantité d’oxygène fut telle que la plupart des espèces ne purent le supporter et disparurent. D’autres se réfugièrent dans des abris isolés de l’atmosphère. Elles connurent des mutations qui leur permirent de résister à cette accumulation de poison et même d’en bénéficier. Elles mirent au point des métabolismes basés sur l’oxydation et trouvèrent ainsi leur salut : elles apprirent à respirer.
A ce stade, la collaboration entre les différentes bactéries atteignit la perfection. De même que les déchets des unes étaient la nourriture des autres, les unes consommaient, en respirant, l’oxygène produit par la photosynthèse nécessaire à la survie des autres.
C’était il y a un peu plus d’un milliard d’années. La collaboration des bactéries entre elles avaient surmonté le problème que leur existence avait posé en transformant leur milieu. De l’oxygène, elles avaient fait un aliment. La suite va encore prendre presque un milliard d’années mais est assez facile à imaginer. La variété des espèces sera sidérante. Certaines resteront dans l’eau, d’autres en sortiront, en rampant, puis en marchant ou en volant, développant ensemble une merveilleuse planète faite d’une diversité inestimable. (Un autre changement majeur verra encore le jour pour notre plus grand bonheur c’est que si pour se reproduire, une bactérie donnait deux bactéries, (1 =2) avec le temps, il faudra deux êtres vivants pour en produire un nouveau (2=1). Eh, Eh faut pas grand-chose pour être heureux hein, quel beau cadeau nous a fait là la nature n’est-ce pas!!)
Mais l’essentiel était fait, les bactéries avaient inventé la respiration. En collaborant, les bactéries avaient ainsi dirigé l’aventure de la vie dans une voie irréversible.
Notre histoire a débuté il y a quatre milliards et demi d’. A l’échelle de l’histoire de la planète et de la vie, notre histoire contemporaine, disons même les deux mille ans qui viennent de passer, n’équivalent pas à un micron sur un mètre. Et pourtant, nous pourrions détruire ce que la nature a mis tant de temps à construire.
Elles ont bien appris à respirer, on apprendrait bien à collaborer non ?

(L’essentiel de ce texte est tiré du livre d’Albert Jacquard : La Légende de la Vie »)

lundi 30 janvier 2017

Il nous reste 4.5 milliards d'année

Marlène s’est attaquée au tri de ses archives, ce qu’elle n’avait plus fait depuis que nous avions le restaurant. J’ai ainsi mis hier aux vieux papiers trois sacs bien remplis de coupure de presse et de documents divers. J’ai également récupéré un paquet de documentation que je devrais trier mais qu’au contraire je me suis mis à feuilleté. Je suis tombé ainsi sur une carte de format A3, éditée par le journal Le Soir et représentant notre système solaire.
On y voit le soleil entouré de ses satellites et une description de ceux-ci. Et donc, soyons tranquilles du côté de notre galaxie, rien de changé, tout tourne bien rond si je puis dire. Les forces de gravitations et les puissances électromagnétiques tiennent chaque planète à la distance voulue. Le soleil, qui détient à lui seul 99.8% de la masse totale de l’ensemble de la galaxie, continue de rayonner et comme il le fait depuis plus de 4 milliards d’année, à convertir chaque seconde 600 millions de tonnes d’hydrogène en hélium (gaz). On estime qu’il dispose de réserves qui lui permettront de continuer le job encore 5 milliards d’année. Ensuite de quoi il s’éteindra et bien sur notre terre avec lui. Si donc les Trump, Erdogan, Netanyaou et autres Poutine ne créent pas le désastre total, nous avons encore de beaux jours devant nous.
Si depuis Copernic et Galilée, nous savons que nous ne sommes pas le centre de l’Univers, la terre reste néanmoins la plus belle planète de l’univers puisque son atmosphère y a permis l’émergence du vivant. Le hasard a fait que la distance qui nous sépare du soleil a permis la création de notre atmosphère et de ce qui est le bien le plus précieux qui a permis la naissance de la vie : l’eau. Comme le dit Albert Jacquard dans son magnifique livre « La légende de la vie » (il dit l’avoir écrit pour être compris des enfants ou…d’ignares comme moi), tout a concouru à faire de ce domaine- la terre- un véritable oasis. Quelle chance et quel hasard. Si la terre avait été à 2 % plus près du soleil, nous aurions connu le sort de Vénus (‘effet de serre provoquant un choc thermique et la disparition de l’eau) à 4 %, nous aurions connu le sort de Mars (emballement vers le froid).
Je vous passe aussi tous les phénomènes naturels qui ont produit une masse d’eau qui par ses précipitations torrentielles, a entraîner un tel mélange de matière et la création d’une « soupe » (c’est ainsi que l’on appelée les scientifiques) où a pu naître la vie. Il a encore fallu d’autres hasards. Nous avons entre autres eu la chance que les atomes (la partie la plus infime de la matière), qui en s’assemblant créent des molécules, ont créé une molécule miraculeuse, capable de se reproduire et de se perpétuer : l’ADN. Cette molécule s’est perpétuée et développée et grâce à une autre molécule avec qui elle s’est alliée, l’ARN, a pu correspondre avec une autre famille de molécules : les protéines et acides aminés. Si les ADN et les ARN s’était fait la guerre au lieu de coopérer et par là de s’enrichir, le miracle de la vie telle que nous la connaissons n’aurait jamais eu lieu.
Notre propre histoire, l’histoire de notre planète est sans doute la plus belle métaphore des questions et choix auxquels nous nous trouvons confronté aujourd’hui. Nous mélanger, revoir nos modes de vie, nous organiser pour bien vivre ensemble ou nous appauvrir et nous faire la guerre.
Allei, moi dans ma petite boulangerie, je crée aussi des multiplications de molécules et de bactéries qui font lever le pain et m’ont permis de faire de très belles focacciae et des baguettes pas mal. J’ai constaté que ces baguettes sont moins agréables à manger le lendemain. Va falloir changer le mode de cuisson.

Un projet merveilleux est en cours de naissance à Malmedy, qui verrait relancer une boulangerie au four à bois et à la farine bio, tout est là et l’ancien boulanger est à disposition pour former tous ceux qui sont prêts à y aller travailler. Je n’irai pas faute de temps mais si trois ou quatre jeunes pouvaient se lancer dans cette aventure, ce serait formidable. Après tout il nous reste 4.5 milliards d’année, de quoi faire encore quelques pains hein…

mardi 24 janvier 2017

faire du pain c'est comme dompter un animal sauvage

La friture Romaria située au 194 de la rue Haute à Bruxelles, a vraiment tout d’un boui-boui. Affreuse façade avec son grand châssis en aluminium, tables intérieures en plastique vert et une allure générale de friture à la bonne franquette. Mais Nadia et moi – nous étions venus à Bruxelles pour passer la journée avec ma sœur Nadia qui vit à Nantes mais travaille comme intermittente du spectacle et est engagée pour 6 semaines à la Monnaie – avions été attirés par les plats que dégustaient trois personnes attablées près de la fenêtre. De plus une petite affiche jaunie, annonçait « cuisine portugaise ». C’était hier lundi et les deux ou trois restaurants que nous avions sélectionnés  avant de partir étaient fermés. Heureusement, Marlène, distraite par sa conversation avec Nadia, ne remarqua pas le comptoir frigo qui nous accueillait à l’entrée à moitié dégarni de quelques hamburgers, fricadelles, boulettes rabougris et pot de mayonnaise et de ketchup. Les deux hommes au comptoir nous accueillent avec des sourires gentils et nous nous installons dans le fond de la salle entourés de miroirs face à une fresque ratée représentant un Frank Sinatra  à la jambe atrophiée chantant près d’un bar où James Dean nettoie des verres derrière son comptoir et Maryline Monroe assise sur un tabouret sirote un wisky avec des genoux énormes mis en avant.
Voilà me suis-je dit,  un endroit où l’on ne rentrerait jamais mais où je sentais qu’on pourrait peut-être très bien manger. Le garçon, qui s’avéra être le fils du patron nous présente la carte nous disant, à gauche les plats « friteries », à droite les plats portugais. Je demande ce que mangent les personnes à l’avant, il me répond « Viande de porc à l’Alentejana ». Je lui demande si il est aussi bon que celui que j’ai mangé à Lisbonne, il me répond oui sans aucun doute. Je choisis donc cela, Nadia aussi. Marlène choisit le « bacalahau maison », le baccala est un de ses mets favoris. Commande prise le garçon nous apporte trois morceaux de pommes de terre trempant dans la sauce, en guise de mise en bouche. Nous en prenons chacun un et de fait c’est délicieux et très goûteux. Puis nous entendons les deux hommes s’affairer derrière le comptoir, c’est là que toute la cuisine se fait. L’attente est d’une demi-heure, ce qui nous rassure car cela signifie que ce n’est pas le micro-onde qui est mis à contribution. Les assiettes que l’on nous sert ensuite sont magnifiques, la fraîcheur transparait, le porc à l’Alentejana est délicieux, de petits morceaux de chorizo portugais leur donnent goût fabuleux. Quand le garçon me demande s’il est aussi bon qu’à Lisbonne, je lui réponds non, il est bien meilleur. Quant au baccalhau de Marlène, il est fabuleux, moelleux, frais, garni de tomate fraîches juste cuites ce qu’il faut et de chips de pomme de terre fait maison. Plus tard, le patron, père du garçon qui nous a servi vient s’asseoir près de nous, il nous expliquera que tout a été fait à l’instant, qu’il cuisine comme s’il recevait les gens chez lui, que le micro-onde ne sert que pour la friterie et qu’il va chercher au Portugal la majorité de ses produits et entre autres le baccala, le chorizo et les palourdes. José- c’est son nom- est bavard et comme moi je suis doué pour faire parler les gens, José s’assied pour nous raconter sa vie. Arrivé en Belgique avec sa femme et une seule valise en carton pour eux deux, des connaissances leur avait dégoté un petit deux pièces, sans meubles, sans lit, sans même une chaise et les premières semaines ils dormirent à même le sol. Chacun trouva du travail – au noir car à l’époque l’immigration était interdite pour les non membres de la communauté européenne - elle comme femme de ménage et lui comme plongeur et homme à tout faire dans un restaurant. Ils travailleront ainsi clandestinement jusqu’en 1988 année ou un couple d’italiens travaillant à la communauté européenne les aident à obtenir papier et permis de travail. Exploité pendant huit ans par différents restaurateurs, José décide avec deux copains de lancer ses propres restaurants portugais dont un à la place Jourdan qui connut un très beau succès. Mais un des trois associés fera main basse sur la caisse. José décide alors d’utiliser ses petites économies (sa femme a une emploi de femme à tout faire dans une école de la ville de Bruxelles) pour acheter une maison dans la rue Haute, le 194, où il installe sa « friture restaurant portugais » et c’est le succès. Il achète deux autres immeubles à appartements, il y case ses enfants et leur famille et maintenant commence à poindre la possibilité d’un retour au Portugal et la possibilité d’y vivre du fruit de ses années en Belgique. Entretemps, il y va régulièrement avec son camion frigo s’approvisionner de produits authentiques et du porto que produit son frère de 74 ans au bord du Douro. J’ai eu l’occasion de déguster ce porto de derrière les fagots. Et bien cela goûte le porto, ce goût que l’on ne retrouve jamais dans les portos des grandes surfaces. Il s’appelle José Rodriguez, il est le seul de sa famille de sept enfants à avoir quitté la ferme familiale, seuls lui et son frère aînés vivent encore et je vous souhaite de le rencontrer et de déguster sa cuisine familiale, comme à la maison. Demandez-lui s’il fait bien les plats « à l’instant ». Vous verrez. Il est ouvert 7 jours sur 7.
Ma deuxième journée de travail à la boulangerie s’est bien passée. Un vrai bonheur, à tel point qu’à un moment de la matinée, Philippe et moi, après avoir défourné la troisième fournée avec Anaïs, nous sommes dits : mais qu’est-ce que la vie est belle. Ses pains sont réellement exceptionnels. Flavia, une amie, me disait qu’elle avait avec le pain de Philippe l’impression de manger le pain de son enfance. Et bien je m’étais dit aussi que j’avais l’impression de manger le pain de Léona qui lorsque nous étions enfants, nous en découpait de grosses tranches qu’elle avait beurrées et salées et que nous dégustions avec les champignons crus que nous avions ramassés avec Octave.

A part cela, parmi les boulangers, court cette antienne qui dit que faire du pain, c’est comme dompter un animal sauvage. Et bien j’ai encore pu le vérifier ce dernier vendredi, j’ai fait des baguettes, pas mal, inégales, bonnes mais ce n’était pas tout à fait cela. Celles du bas du chariot étaient légèrement étalées, celles du haut plus arrondies. Chaque élément de l’environnement compte et il faut dompter ce mélange de farine, d’eau de levure et de chaleur qui produit un animal sauvage mais tellement bon quand il est cuit. Ah que la vie est belle, quand on fait de bonnes choses à ajouter Philippe. 

lundi 16 janvier 2017

Regressus ad futurum

Je vais tout vous raconter. Voilà, ce dernier vendredi, j’ai commencé (re) à travailler en boulangerie. Elle porte un beau nom « Un pain c’est tout », en Outre-Meuse, à la rue de la loi, c’est la petite rue qui longe le Colruyt sur la gauche. En y arrivant ce vendredi à 6h, en guise de bonjour, Philippe (le fondateur) m’a rappelé qu’il y a cinq ans exactement, le 13 janvier (comme vendredi dernier), on inaugurait la boulangerie et pour cette inauguration, j’y cuisais 80 focacciae qui ne suffirent pas à rassasier les invités plus nombreux que prévu.
Emotion bien sûr. Je regardais Philippe et son aidante Anaïs. Ils travaillent en symbiose parfaite, je les regardais et avais l’impression de me revoir auprès de mon patron, Gustave, il y a 50 ans exactement. Nous travaillions de 3 heures à 8 heures le matin sans pratiquement nous parler, chacun sachant ce qu’il devait faire. Quand nous prenions le petit déjeuner à 8 heure, j’avais l’impression de me réveiller, d’avoir travaillé comme un somnambule. Pourtant nous avions pétri, façonné et cuit près de 600 kg de farine et nous allions encore en travailler 200kg après le petit déjeuner.
Il m’a fallu à peu près une heure pour prendre mes marques et après une heure, mes automatismes sont revenus. Le paradis. Faconner, bouler, enfourner, défourner J’ai aidé à leur production habituelle de pains de campagne à base de farine du moulin d’Hollange, assez unique à Liège, de bun’s comme on appelle les pains pour hamburger (absolument délicieux), les tartes, miches, croissants etc. Durant les levées, j’ai fait tiramisu et focacciae puisque mon rôle consistera aussi à lancer de nouveaux produits et élargir l’offre.
Je vais y travailler tous les vendredis. De plus, deux fois par mois, les lundis à 17 heures, j’ animerai des ateliers avec Marlène. Nous avons définis quatre ateliers pour le moment : un atelier focaccia (y compris les farces), un atelier gnocchis et ses sauces, un atelier pâtes fraîches (y compris raviolis), un atelier tartes. Les dates précises seront fixées prochainement, mais si vous êtes intéressé(e), dites-le moi, on peut s’inscrire à un ou plusieurs ateliers mais on n’est pas obligé(e) de faire les quatre. Le prix tournera autour de 25 ou 30€ par atelier, chacun retourne avec sa production (3 focacciae par exemple). Ecrire à : mario.gotto@gmail.com
Allez savoir si c’est lié mais des souvenirs d’antan me reviennent. Quelqu’un a fait circuler sur FB des images de l’hiver 1962-1963. Ce fut l’hiver le plus long et le plus rude du vingtième siècle, il a gelé de décembre à mars. Je m’en souviens précisément. Ce souvenir de 63 est lié à un souvenir de l’hiver 60-61. C’est la grève générale en Belgique. LA grande grève. J’avais 9 ans et pas grande conscience de ce qui se passait jusqu’au jour où je me retrouve avec mes amis devant un groupe de travailleurs qui nous barrent l’accès aux grilles de l’école. On nous explique : c’est  la grève, vous pouvez rentrer chez vous,  pas école. Nous allions repartir tout joyeux de ces vacances inattendues mais voici qu’arrivent l’instit et le curé. Grosse discussion, cris, colère, bousculade et un des « piquets » empoigne le curé à la gorge et se prépare à le frapper de son poing droit. Nous avons peur, Nous aimons le curé qui s’occupe énormément de nous, qui nous fait découvrir plein de choses grâce au patro. Nous sommes paralysés. Les autres s’interposent, tout se calme et le piquet fini par se retirer et nous laisse entrer à l’école. Nous n’y resterons qu’une heure ou deux, le temps que l’on nous explique la grève et qu’on nous dise d’en attendre la fin pour revenir à l’école.
Deux ans plus tard, c’est le froid, le gel, le verglas. Rien ne circule tant la glace est épaisse. Pourtant, je continue à me lever à 6h30 pour aller servir la messe chez les sœurs. Le curé passe me chercher et nous parcourons à pied le km et demi qui nous sépare du couvent. Nous avons pris l’habitude de marcher sur la glace et nous dépassons un couple qui avance lentement avec difficultés. Le coréen ! C’est le coréen avec sa femme, le même qui deux ans plus tôt avait serré la gorge du curé. J’ai un peu peur de ce qui va se passer. Mais le coréen nous dit un gentil bonjour et nous demande comment nous nous y prenons pour marcher aussi vite sans tomber ? Faites comme nous répond le curé et vous verrez cela ira tout seul. Nous rions et chacun continue sa route. On l’appelait le coréen et j’imagine que c’était lié à ses convictions et à la pas si lointaine guerre de corée, je ne l’ai jamais bien su.
 L’hiver durait et une partie du chemin de l’école était engoncé entre deux prairies. Des congères de près d’un mètre se formaient et nous emballions nos pieds et bas de pantalons dans des vieux chiffons pour éviter de rester mouillés toute la journée. Voilà, je me souviens de l’hiver 63 et d’un bout de la grande grève de 60 et du coréen qui ne m’est pas revenu une seule fois en mémoire ces 55 dernières années. Et maintenant me revoilà boulanger. Comme dirait Bohumil Harabal « progessus ad originem equals regressus ad futurum ». Allei, pour le même prix, je vous donne l’extrait tiré de son livre « une si bruyante solitude » que je viens de relire et qui m’habite encore et que je vous souhaite vraiment de ne pas rater. Le personnage principal écluse des litres de bière et travaille à une presse à vieux papiers. Il y écrase des milliers de livres et tente d’en sauver autant que sa maison peut en contenir. Il s’arrange toujours pour qu’au milieu des ballots se trouve une œuvre d’un grand philosophe puverte à la page essentielle (il les invite tous bien sûr) et il fait en sorte qu’apparaissent sur les faces visibles des ballots des reproductions des grandes œuvres picturales de Ruebens à Picasso en passant par Gauguin et Pollock) qu’ainsi tous les pragois pourront voir quand les ballots sont transportés vers l’usine à papier.

”À partir d’aujourd’hui, te voilà seul, mon bonhomme, tu dois faire face tout seul, te forcer à voir du monde, t’amuser, te jouer la comédie aussi longtemps que tu t’accroches à cette terre; à partir d’aujourd’hui ne tourbillonnent plus que des cercles mélancoliques…En allant de l’avant tu retournes en arrière, oui: progressus ad originem equals regressus ad futurum, c’est la même chose, ton cerveau n’est rien qu’un paquet d’idées écrasées à la presse hydraulique.”

lundi 9 janvier 2017

Choses de la vie et lectures baroques

Même si nous nous voyons régulièrement et nous téléphonons une fois par semaine, cela fait bien longtemps que je n’avais pas passé autant de jours de suite avec mes deux fils. Cela remonte au séjour que nous avions organisé pour mes cinquante ans à Tossicia, le village d’origine de ma mère dans les Abruzzes. Nous y étions restés une semaine, mais il y avait là d’autres membres de la famille et quand on est aussi nombreux, les relations particulières sont plus difficiles à établir en profondeur. Ici le cercle était plus étroit : mes deux fils, leur épouse, leurs trois enfants, Marlène et moi. Un mélange de calme, de sérénité, de complicité, de bonheur d’être là ensemble et de savoir qu’on s’aime et s’apprécie sans devoir se le dire. Un mélange aussi de balade en campagne, d’histoires racontées aux enfants le soir près du lit, de repas familiaux (souvent bien arrosés), de dégustations de champagne, de piscines et rivières sauvages pour les enfants et de souvenirs que nous n’avons cesser d’évoquer.
Je regarde mes fils, je retrouve leur personnalité, mais ce sont aujourd’hui deux adultes, de bons pères, de bons époux qui avec leurs épouses, forment deux très beaux couples. Ce sont aussi des travailleurs reconnus pour leur capacité professionnelle et qui ont d’importantes responsabilités. Leur champ de connaissance et leur culture s’élargissent aujourd’hui indépendamment de moi. Je regarde aussi mes petits enfants dont les personnalités commencent à s’affirmer et avec Marlène nous nous disons que ce sont là de belles personnes qui se dessinent.
Tout cela apporte encore plus de sens à la vie. Nous nous rendons compte que les effets de ce que nous tentons de leur faire découvrir s’expriment avec le temps. Ainsi nos deux petites filles trouvent aujourd’hui naturel que nos excursions, qu’elles soient d’un ou de plusieurs jours passent presque toujours par un musée. (Celui de Reims, s’il n’est pas hyper riche, est assez éclectique et le carnet remis aux enfants est très bien conçu pour rendre leur visite active). Le petit Antonin demande à Marlène tel ou tel met espagnol. Nous n’avons pratiquement plus de remarques à faire sur leur comportement dans la ville, en société, au restaurant…Nous prenons nous comme eux plaisir dans nos bricolages, nos jeux, nos échanges. Nous sommes heureux de voir leur tolérance et leur ouverture aux autres. Nous nous connaissons et avons construit une relation de confiance naturelle. Nous nous disons que nous avons encore un beau bout de chemin à faire ensemble. La prochaine étape sera la découverte des Abruzzes et je me prends déjà à rêver qu’un jour, peut-être dans bien longtemps ils y retourneront et verront dans ce pays une petite part de leurs racines.
Voilà, avec mon dernier Douglas Kennedy (je dois en être au quinzième de ses livres) je quitte, au moins temporairement la littérature américaine et je reviens à mes anciens amours. Un coup de cœur : « Zinc » de David Van Reybrouck, que Yoann m’a offert pour la Noël. Un petit livre passionnant qui à travers l’histoire d’un personnage raconte surtout l’histoire de ce petit village, Moresnet, qui fut outre capitale mondiale du Zinc, tour à tour Etat indépendant, village prussien, hollandais, allemand et belge. Sa neutralité et surtout ses mines de zinc y ont attiré une population cosmopolite fuyant qui la Prusse, qui la Belgique, qui simplement des situations individuelles inextricables. On ne se souvent plus aujourd’hui de la présence du zinc dans notre environnement. Avez-vous connu les seaux, les cruches, les bassines et les contenants divers en zinc ? Les gouttières et les descentes de toit en zinc ? Et surtout, et c’est là que la production de zinc a explosé à Moresnet, rappelez-vous Haussman qui impose à ses constructions à Paris les toits de zinc dont il adorait le gris. Moresnet c’est ici tout près. J’y suis aller à divers reprises quand je travaillais à Verviers et voilà qu’il me revient en mémoire sous la forme d’un petit livre passionnant qui nous fait découvrir l’histoire dramatique et mouvementée de la région germanophone de Belgique et des drames que l’histoire a imposée à des villes comme Malmedy et à Stavelot.
Me voilà maintenant de retour en Europe centrale et particulièrement en Tchéquie où je m’étais rendu à plusieurs reprises avant et après la révolution de velours. Voilà que Yoann m’offre « Comment j’ai rencontré les poissons » de Ota Pavel.  Je ne connaissais pas du tout et je retrouve une écriture magnifique, des histoires qui coulent d’elles-mêmes et qui racontent une Europe centrale où se mêlent le rire et le drame, les juifs et les chrétiens, les braconniers et les gardiens des lois. Un bouquin qui me donne envie de reprendre Bohumil Hrabal et sa « Flûte enchantée » que j’ai lu je ne sais combien de fois et que j’avais fini par connaître presque par cœur. Je vous souhaite vraiment de lire Ota Pavel et ses poissons et si vous voulez découvrir Bohumil Hrabal, je vous conseille un de ses textes majeurs « Une si bruyante solitude ». C’est baroque et c’est fabuleux.

Allei, on est loin de la cuisine hein !! Je vous reviens la semaine prochaine.