lundi 27 mars 2017

levure, levain, polish, que choisir?

Je vous ai promis la semaine dernière de vous parler des méthodes de fermentation car vous êtes plusieurs à me poser des questions à ce sujet. Je vais essayer de ne pas jouer le scientifique que je ne suis pas, mais il est important quand même de comprendre ce qui est en jeu dans ce débat levure, levain. Je n’aborderai pas la méthode de la polish aujourd’hui. (C’est une méthode née entre la Pologne et l’Autriche, une sorte de semi levain (avec levure) qui produit le fameux pain viennois absolument délicieux que nous mangions enfants chez la mère du curé. Mais existe-t-il encore du vrai pain viennois aujourd’hui en dehors de l’Autriche ?)
Coupons d’abord les ailes à un canard : la levure n’est pas un produit nocif. La plus courante est la levure de bière. C’est le produit de phytothérapie le plus connu du grand public. C’est un produit probiotique, source de vitamines B indispensable au bon fonctionnement du système nerveux et des muscles. C’est une matière vivante, interactive dans les intestins, source de vitamines et d’oligo-éléments essentiels et donc porteur de bienfaits y compris pour la peau. Utile pour combattre les maladies vaginales et utilisé dans la composition du nouveau vaccin contre le cancer du col de l’utérus. Beaucoup consomment aujourd’hui la levure de bière déshydratée en complément alimentaire, sous forme de paillette. Attention, important de la consommer bio.
L’enjeu du choix levain levure est donc ailleurs. Je vous en résume l’essentiel et puis j’irai plus à fond dans les explications.
La levure produit une fermentation alcoolique rapide. Le levain produit une fermentation lactique. Pour rendre assimilables les oligo-éléments et les vitamines contenues dans les farines complètes une fermentation LACTIQUE est indispensable. C’est donc là qu’intervient le choix levain levure. On peut utiliser de la levure pour la farine blanche, on DOIT utiliser le levain pour la farine complète ou intégrale. J’explique :
Toute graine céréalière (donc les blés) est formée d’une coque, d’un germe et d’une partie centrale. Le germe et la coque sont riches en minéraux, en oligo-éléments indispensables à la vie (manganèse, cobalt, cuivre, zinc, chrome, sélénium) en ferments et en vitamines. Le germe contient les vitamines A et E et la coque les différentes vitamines B, dont c’est l’une des principales sources alimentaires. Ce sont également ces parties de la graine qui renferment les huiles et la vitamine F. Le centre, lui, est formé essentiellement d’amidon. Dans la production de la farine blanche, germes et couches externes de la graine sont séparés de la partie centrale. Dans la farine blanche on ne garde que la partie du grain riche en amidon et on perd environ 70% des substances les plus précieuses du grain. Dans la farine complète, on garde l’ensemble des qualités nutritionnelles de la céréale.
MAIS, il ne suffit pas d’utiliser de la farine complète ou intégrale pour profiter réellement de ces éléments les plus riches. En effet, si vous faites un pain intégral ou complet avec de la levure, donc avec une fermentation alcoolique, celle-ci  ne va pas libérer les oligo-éléments et les vitamines et ceux-ci ne seront pas assimilés lors de la digestion et finiront dans les intestins, produisant les troubles intestinaux divers, la farine complète fait alors plus de mal que de bien. Beaucoup mettent ces troubles sur le compte du gluten qui n’y est pour rien le pauvre.
Pour libérer le meilleur de la farine complète, il est donc INDISPENSABLE de le faire par une fermentation lactique que seul le levain produit.
Il est donc déconseillé de consommer du pain complet ou intégral s’il est fait avec de la levure de bière (ou de boulangerie, c’est la même chose). Si vous achetez du pain complet, assurez-vous qu’il soit fait au levain, sinon mieux vaut l’éviter.
Si vous faites votre pain vous-même et que vous utilisez de la farine complète, il est indispensable de le faire au levain. Si vous faites du pain blanc, la levure ou la polish convient très bien.
Pour ma part, je fabrique et consomme autant de pain complet ou intégral que j’adore  que de pain blanc, je l’adore tout autant  dernièrement je l’ai par exemple préparé sur polish, du gâteau...
La farine blanche (comme le sucre blanc) est un produit que Valérie Moncan ou le docteur Kousmine, que je respecte énormément, vont désigner comme un produit « mort », à bannir de notre consommation surtout pour les personnes ayant des problèmes de santé importants. Pour ma part, je considère que ce n’est pas parce que je consomme du pain blanc de temps à autres que je me nourris mal. Je peux trouver des oligo-éléments dans d’autres denrées, sauf la vitamine B que l’on trouve presque exclusivement dans le pain complet au levain.
Mais, comme Moncan et Kousmine, je me méfie, plus, je rejette aujourd’hui tout ce qui est produit alimentaire industriel dans lequel toutes les qualités nutritionnelles ont été détruites et dans lesquelles on a ajouté des tas de produits de synthèse nocifs. Je suis réellement révolté de voir combien on vend des pains de mauvaises qualités, réellement morts, qui sont bien sûr moins chers et que beaucoup vont acheter soit par nécessité soit parce qu’ils ne se posent aucune question sur ce qu’ils mangent.
Reste aussi dans ce débat sur le bon pain, la question liée à la qualité de la farine. Il est maintenant acquit que (outre les défauts de la production industrielle dont je parle plus haut) les farines perdent de leurs qualités avec le temps, ce qui n’est pas le cas des grains qui se conservent à travers les années (et parfois les siècles : on a ainsi pu faire germer des grains de blé  retrouvés dans  les tombeaux des pharaons). La solution idéale serait de moudre le blé dans un délai le plus proche de la panification. En vacances chez ma tante dans les Abruzzes, je l’aidais pour porter le grain au moulin de Tossicia et y moudre la farine nécessaire pour « la journée du four » du lendemain quand les femmes de Vila Alzano produisaient leur pain pour la semaine.
Alors, à quand le retour des moulins ou des meuneries de proximité ? Quel beau « nouveau » métier à remettre en route.
Allei, voilà une chronique pas habituelle. Je vous renvoie au site « Cook and Dôme » de Valérie Moncan pour plus d’infos ou au livre du docteur Kousmine « Sauvez votre corps », paru chez Laffont, ou aux nombreux sites liés à la boulange et qui abordent ces questions et qui m’ont servi de sources.
J’avance bien dans la fabrication de mon four. J’ai fait ma dalle de béton avec l’aide de Yoann et deux de ses copains pas trop manchots. Le surlendemain j’ai monté mes deux murets, ensuite coulé ma table (ou la pré-sole). Aujourd’hui, je pose ma sole et commence ma voûte. Sauf difficultés, j’aurai fini mon four demain et pourrai ensuite m’attaquer à la construction du local…
N’hésitez pas à poser vos questions sur ce thème (de la levure, pas de mon four hein!!) en m’écrivant à : mario.gotto@gmail.com. Si Aurélie et Gene ont des remarques ou des compléments à proposer, qu’elles n’hésitent pas.

Allei, Viva la vita

lundi 20 mars 2017

L'expérience donne des leçons, les regrets donnent des remords

On ne se refait pas hein ! Quand on a été militant toute sa vie, on ne sait pas/plus resté indifférent au monde qui nous entoure. C’est mon cas et cette semaine écoulée, j’ai été gâté tant par des lectures que par des rencontres intéressantes.
Guy Bajoit, professeur émérite de sociologie de l’UCL, (que les fopésiens connaissent très bien) qui a consacré une grande partie de ses recherches sur le changement social et culturel, vient de sortir un livre (édité par le CETRI) qui a pour titre « le capitalisme néolibéral : comment fonctionne-t-il ? Comment le combattre ? » Eclairant. Quand on est perdu dans la masse d’informations qui nous submerge aujourd’hui, il est intéressant d’avoir un cadre global qui nous permet de situer des faits, des questions, des enjeux. C’est ce que permet le petit livre de Guy Bajoit. Il nous explique que depuis la crise des années septante et la course technico-économique qui s’en est suivi, une nouvelle classe dominante est apparue qu’il propose de nommer « La Ploutocratie ». C’est la classe qui gère aujourd’hui l’économie mondialisée. Ce sont les riches financiers et commerçants qui dirigent les banques, les sociétés multinationales, les fonds d’investissements et leurs actionnaires, les spéculateurs et les marchands. Ceux qui se réunissent à Davos. Ce ne sont plus d’abord des entrepreneurs mais bien des spéculateurs. Ils sont aidés par des armées d’experts, ce sont les agences de notation qui leur disent où et quand placer leur argent pour faire du 20 ou 25%, les agences d’innovations technologiques qui font tout pour augmenter la productivité, les agences de publicité qui vont les aider à vendre leurs produits et les idées qui vont avec, et enfin les institutions internationales tels que FMI, Banque Mondiale, le G20, l’ UE…qui vont dire aux Etats ce qu’ils doivent faire pour mieux aider ces spéculateurs à s’enrichir.
Pour que cela fonctionne, il faut que la masse des gens suivent et se soumettent. Ce n’est plus seulement la classe ouvrière qui est concernée, elle n’est plus la classe de référence. Certes, pour s’enrichir, il faut de la plus-value que les travailleurs vont apporter, mais il faut vendre dans le monde entier. Pour cela il faut que les gens veuillent toujours acheter plus, acceptent de s’endetter plus pour acheter et se soumettent pour rembourser. Cette masse nouvelle, Guy Bajoit propose de l’appeler « Le clientariat » qui deviendrait ainsi l’identité commune de tous ceux que l’on soumet pour que le système fonctionne et qui serait capable de s’opposer à la ploutocratie qui met la planète en danger. Guy Bajoit donne des pistes pour agir et entre autres celles-ci : défendre les acquis sociaux obtenus par la lutte du mouvement ouvrier, favoriser les modes de productions et de consommations alternatifs.
Il est parfois dangereux de faire un résumé comme je le fais. Mais cette étude de Guy Bajoit est téléchargeable gratuitement sur le site du CETRI. Moi je l’ai eu sur le FB de Fopésien-ne-s (merci Claudine Drion). Bonne lecture.
J’ai par ailleurs eu l’occasion de prendre un repas et de passer un bon moment avec mon ami Francis Leboutte. Francis est le coordinateur du MPoc, le Mouvement des objecteurs de croissances. Il vient de créer avec d’autres associations importantes telles que les Amis de la Terre, le Grappe, Attac…une nouvelle association « Fin du nucléaire ». Francis qui connait le dossier nucléaire sur le bout des doigts, s’étonne toujours de l’indifférence ou du moins de la passivité des gens face à la question du nucléaire qui pour lui est la plus grave menace qui pèse sur l’avenir de l’humanité. Avec les autres associations, ils se sont dit qu’il était essentiel de mener une campagne spécifique sur cette question, d’où la création de cette coordination. Les objectifs sont sans ambiguïté :
·         L’arrêt immédiat des cinq réacteurs belges dont la probabilité d’accident grave est des plus élevées : les réacteurs Tihange 2 et Doel 3 dont les cuves présentent des milliers de fissures et les trois réacteurs les plus vétustes (plus de 40 ans), Tihange 1, Doel 1 et Doel 2.
·         Le retrait immédiat des armes atomiques étasuniennes du sol belge.
·         Le désarmement nucléaire.
·         La suppression de l'accord datant de 1959 qui inféode l'Organisation mondiale de la santé (OMS - WHO) à l’agence internationale de l'énergie atomique (AIEA - IAEA), le lobby atomique officiel.
Pour en savoir plus, pour adhérer, pour diffuser leurs informations, RDV sur : www.findunucleaire.be
Tout cela ne m’empêche pas de continuer à préparer ma « petite production alternative de pain et de pâtes ». Le transporteur qui devait me livrer le béton a dû partir d’urgence en Italie auprès de sa mère mourante. Tout est donc décalé d’une semaine. Pas grave, on lui souhaite bien du courage. J’en ai profité pour tester une méthode de fabrication de baguette de tradition française sur polish. Le résultat est magnifique et peut encore être amélioré. Comme vous êtes nombreux, ou plutôt nombreuses, à me poser des questions à ce sujet, la semaine prochaine, je vous parlerai de ces méthodes de panification : levure, polish, levain ??? Je vous ferai part de mes modestes connaissances et expériences…
On a passé un bel après-midi avec Paquita, notre amie et ex associée dans Como en Casa et son petit Lao. Elle vit entre le Portugal et la Belgique et ne veut pas choisir : le Portugal lui plaît beaucoup, le mode de vie y est plus plaisant et moins stressant qu’ici et le climat plus agréable. Mais ses amis sont ici, une partie de son travail aussi, et donc pour les prochaines années elle continuera à se partager entre les deux pays jusqu’à ce qu’un jour la vie et les surprises qu’elle nous réserve parfois, la fixe quelques part. On est toujours contents de la voir ; Paquita, comme Julie d’ailleurs, notre autre associée de Como en Casa, c’est presque la famille hein !
Hier nous avons passé notre dimanche avec Renzo (mon plus jeune frère), Norma, Lola et Paolo (mon filleul). Quelle belle famille. Lola, 25 ans, est revenue en Belgique après une année passée en Nouvelle Zélande. C’est une jeune fille magnifique qui travaille dans la restauration et rêve de…Canada. Paolo se passionne pour le théâtre et le saxo. Il avait d’ailleurs un récital ce dimanche matin à l’académie de Soignies, la vie est devant lui. Renzo (mon plus jeune frère) et Norma ont des tonnes de passions, entre autres la Toscane, les voyages et … la cuisine. Ils élèvent (entre autres) des coqs qu’ils laissent vivre très vieux. Quand ils les mettent à la casserole, c’est en leur caressant le cou et en leur disant au revoir et c’est pour des cuissons lentes dont la viande sort confit. Ce dimanche le coq était préparé mi à l’indienne, mi tomate à l’italienne. Bon ? Non, succulent.
Ah oui, le titre de cette chronique ! il est tiré d’un article du monde consacré aux derniers jours élyséens de François Hollande. Je n’ai plus aucune sympathie pour le personnage mais l’article, écrit à trois plumes, est succulent et traduit magnifiquement l’ambiance de fin de règne déprimant qui règne à l’Elysée. Petit extrait pour le plaisir : « Occupée par d’autres feuilletons politiques, la presse ne prend plus la peine de l’accompagner. Contraste saisissant entre l’influence du quinquennat où des dizaines de journalistes empressés le suivaient pas à pas, micros tendus et caméras braquées, et cette petite troupe déplumée qui l’accompagne désormais. « Les mouches ont changé d’âne » soupire un conseiller ». Ce n’est ni élogieux pour Hollande bien sûr, mais ni non plus pour les journalistes.

Allei, on se retrouve la semaine prochaine hein.

lundi 13 mars 2017

Soucis et tracas d'un retraité

Cette semaine, coup sur coup, nous avons fait la tournée des amis restaurateurs : Fanny et Céline à Grand Maison (délicieux le potage et l’houmous), Necmettin chez Les Cuistots avec ses délicieux mezzés et enfin notre œuf au lard (le Jean Tallon) chez Kfée avec Bernadette et Valou. Hier dimanche, une belle sortie avec des tas de rencontres, à tel point que nous avons mis à peu près une heure et demi pour parcourir les cinq cents mètres prévus au départ. La veille, nous étions invités chez des amis qui viennent de terminer leur extraordinaire installation dans un appartement du centre-ville.  Repas délicieux avec un veau mijoté a-à la tomate et une mousse au chocolat comme j’en ai rarement mangé de ma vie, juste chocolat et œuf avec un peu de café. Pas de crème, pas de sucre. Une merveille.
Ce matin, après ma chronique j’achève le terrassement afin d’ être ainsi prêt à couler ma dalle de béton mercredi. Quoi que ! Je dois encore le commander ce béton. L’aurais-je mercredi ? Pas sûr.  Mais si tout se passe bien, je pourrai construire mon four à bois vendredi et samedi et mon fournil la semaine prochaine. Disons pour ne pas se stresser que ma boulangerie devrait être achevée pour Pâques. Ensuite deux ou trois semaines de chauffe du four, il faut y aller molo, ne pas chauffer directement à 300 degrés et risquer de fissurer  la voute. J’ai lu et relu qu’il fallait Un, laisser sécher 5 jours (j’ai un ciment réfractaire à prise rapide), Deux, faire de petits feux chaque jour d’abord vers 70 degrés, puis cent et arriver aux 300 en 10 ou 15 jours. Trois, il semble important de ne jamais laisser le four complètement refroidir dans les premières semaines. J’ai un peu les chocottes. Imaginez que cela se fissure, rebelote, faut tout démolir et recommencer !!! Croisons les doigts. Mais ça me tracasse.
Ce matin, avant ma chronique, comme tous les matins, je sors mes mini serres avec mes semis et mes potiquets. J’ai déjà repiqué en potiquets des tomates, des roquettes, du basilic. Je viens de mettre en mini serres des courgettes, des longues et des rondes, trois autres sortes de tomates (entr’autres cœurs de boeuf et Roma) et enfin, j’ai semé en pleine terre des batavias, des bettes (rouges et vertes) et des radis. Gérard, un copain jardinier professionnel aujourd’hui invalide, m’a dit d’y aller, qu’il est peu probable qu’il gèle à moins dix et que donc les salades et autres ne risquent plus rien. Il me dit aussi de mettre en cas de pluie, des graines bleues anti limaces sur les bords des plates-bandes.  Ce n’est pas nocif et il en existe résistantes à la pluie. Si non, travailler matin et soir avec un couteau bien pointu et les éliminer une à une. Tout cela me préoccupe, j’y pense, j’ai peur de tout perdre…
Quand arrive le soleil comme ces derniers jours, on croit qu’on est déjà définitivement en été. Je sais que ce n’est pas le cas…Mais mes collages m’attendent en cas de mauvais temps. Pour le potager je voudrais qu’il fasse beau, pour mes collages j’ai envie qu’il pleuve et que je sois obligé de travailler à l’intérieur. Vous voyez, je suis tiraillé et jamais content. Mes collages me passionnent et j’ai des tas de projets en tête : j’ai commencé des posters, je continue mes petits collages et j’ai surtout un  projet plus important de gros  cahier – j’ai récupéré un grand cahier de deux cents pages A4 quadrillées, je crois bien que j’en ai pour un an de travail (trouver les photos adéquates, couper, coller, commenter…). J’ai déjà rassemblé des éléments et il faut que je surmonte ma peur du démarrage et que j’y aille. Mais quand c’est parti, on ne peut plus faire marche arrière. Ben oui, vous voyez, j’ai mes soucis à moi, faut pas croire, cela me tracasse, j’y pense la nuit, j’ai envie de renoncer pour ne pas m’encombrer mais ça me fait tellement rêver.
Il y a tout qui me travaille, je cauchemarde sur mon fournil qui ne serait pas beau, la toiture qui fuiterait, la voûte qui fissurerait, mes semis qui fonderaient au jardin, (z’avez déjà entendu parler de la fonte des semis ??) mes collages qui n’avanceraient pas, mon cahier qui serait moche…
Vous savez comment je suis hein, je m’emballe, m’emballe, me fait des illusions et puis patatras, suis déçu. Tenez, hier j’ai cuisiné des gnocchis à la ricotta. Trouvé cela dans un livre de cuisine italienne que Norma nous a prêté. Il s’agit de remplacer les pommes de terre par de la ricotta, moitié ricotta fraîche, moitié ricotta séchée. Le reste ne bouge pas : œufs, farine, sel, noix de muscade. J’étais tellement sûr que ce serait merveilleux…Bon, c’était bon, mais pas meilleur que mes gnocchis habituels, pas extraordinaire quoi ! J’avais mal assaisonné croyant que la ricotta suffirait à elle seule. Donc cette nuit, me suis dit qu’il fallait remettre cela, mettre plus de noix de muscade, saler et poivrer, peut être mettre persil frais et basilic dans la pâte et peut être pourquoi pas du curcuma… A essayer…J’ai aussi envie de tenter des gnocchis au baccala et ricotta, ça doit être délicieux. Puis, suis tombé sur une recette de mortadelle à faire soi-même et une recette de salami…Ah là là que de soucis  et de préoccupations!!!
Bon cela n’empêche pas de prévoir des voyages, en Italie avec nos petits enfants à Pâques, en Espagne (sud) en mai-juin, et dans les Asturies en Juillet. Je rêve aussi de faire un périple d’une dizaine de jours au retour et d’aller visiter des artisans en France : une boulanger agriculteur, un vigneron, un éleveur de chèvre, se balader dans les campagnes, ramasser des herbes sauvages…on le fera en partie dans le Nord de l’Espagne aussi…dormir dans de petits lieux pas trop chers…Enfin, si vous avez des idées, n’hésitez pas….

Allei, vais m’y mettre, j’dois mettre ma bâche au sol pour empêcher l’humidité ascendante dans mon fournil, poser mes grilles à béton…sais pas encore comment vais les mettre dans la voiture pour les transporter… Oh là là dur hein,  que de soucis dans la retraite…

dimanche 5 mars 2017

Le cahier de Rosa

Rosa, sœur de Marlène est décédée en 1998 à l’âge de 36 ans,  des suites d’un mélanome. Pour sa famille, pour ses huit frères et sœurs, sa mort a été un choc épouvantable, incompréhensible, difficilement acceptable, la famille s’est retrouvée amputée à tout jamais. Rosa était une femme jeune, belle, folle du désir de vivre, attentive aux autres, d’une profondeur rare. C’était quelqu’un qu’on adorait et dont on cherchait la compagnie. Elle était la seule à être restée en Belgique avec Marlène après le départ de la famille en Espagne.
Avant sa mort, elle avait confié à Marlène une belle boîte contenant quelques objets et des écrits. « Tu es la seule à qui je veux confier cela. » Par pudeur, par peur d’émotions trop forte, nous n’avions jamais ouvert cette boîte. La semaine dernière, Marlène y a puisé un petit cahier, recueil de poésies écrites par Rosa dans le début des années quatre-vingt. On y trouve une jeune fille en questionnement et en pleine recherche de sens et surtout une belle écriture qui traduit magnifiquement sa sensibilité. Voici quelques-uns de ces textes.
Le chemin
La vie, long chemin, chemin facile quand déjà tracé.
Chemin compliqué quand on veut le quitter, s’en éloigner.
Comment prendre le chemin que l’on désire, sans la peur d’être marginalisée.
Liberté
Liberté, c’est souvent toi que j’attends, c’est pour toi que j’aime vivre.
Liberté, c’est à toi que je pense, c’est toi que j’aime.
Liberté, c’est aussi toi que je connais, c’est toi que je connais le moins.
Liberté, c’est toi que je cherche toujours, c’est toi que je trouve à certains moments.
Liberté, c’est par toi que je suis moi, c’est à toi que je rêve.
Liberté, c’est toi qui parfois m’enchaîne, c’est toi qui, de temps en temps, m’emprisonne
Liberté, c’est encore toi qui me libère.
Liberté, c’est en toi que je crois le plus.
Le Pouvoir
Parfois, je prends conscience du pouvoir étonné que j’ai sur moi.
Le temps
Aujourd’hui, jour de pleine lune, jour nerveux.
Demain, jour de pluie, jour ennuyeux.
Et après le soleil, la gaieté et la joie
Et moi, moi je suis là et j’attends, j’attends que le soleil arrive.
Découvertes (Malgré son jeune âge, Rosa a eu l’occasion de voyager sur divers continents)
J’ai connu bien des gens, j’ai connu bien des choses, j’ai vécu l’immigration, j’ai vécu les vacances,
Des départs, des retours, des tristesses, des joies, des peurs, des déceptions
Des pays et des vies différentes…
J’ai voyagé, j’ai fait des expériences, je me suis perdue un peu, j’ai changé, je me suis trouvée.
J’ai connu la solitude, l’isolement, la collectivité, le couple
Aujourd’hui, je continue à me chercher, à apprendre, à connaître…
Je veux être harmonie, tant envie d’être harmonie.
Hoy (Aujourd’hui)
Hoy, por fin hoy y no ayer (Aujourd’hui, enfin aujourd’hui et non hier)
Que bueno sentir el hoy (Que c’est bon de sentir l’aujourd’hui)
Por que siempre el ayer ? (Pourquoi toujours l’hier ?)
Hoy, por fin, hoy. (Aujourd’hui, enfin aujourd’hui)


lundi 27 février 2017

deux, trois petites choses à vous raconter


Je vous raconte deux trois petites choses. Evidemment, nous n’avons pas tous vécu de la même manière, nous la génération chanceuse. Ainsi S. une amie, nous a raconté l’histoire de ses parents, berbères originaires des contreforts de l’Atlas marocain. Je ne citerai pas de noms puisque je n’ai pas demandé à S. si je pouvais raconter son histoire, mais comme elle reçoit mes chroniques, elle me dira et si elle est d’accord, la prochaine fois, je vous dirai son (beau) prénom. Bref, son père a quitté le Maroc colonisé jeune et s’est engagé dans l’armée française. C’était le seul moyen pour lui de découvrir le monde et d’autres paysages. Mais ce n’était pas du goût de son père (le grand père de S donc), qui à chaque retour en permission lui disait « ça suffit maintenant tu as vu ce qu’il y avait à voir et donc tu peux revenir chez nous ». Mais rien n’y faisait ce têtu s’envolait de plus belle. Jusqu’au jour où ses parents décident de le marier, espérant ainsi le ramener au bercail. Le père de S rentre au pays une semaine avant le mariage, tout est prêt, les cadeaux, les dots, les moutons à égorger pour la fête, les gâteaux au miel et les victuailles en tout genre. Mais deux jours avant le mariage, patatras la promise meurt sans crier gare. Mon Dieu, tristesse et catastrophe. Les premiers moments d’émotion passés, malgré le deuil, la famille se demande que faire, ce mariage qui est prêt, ces invités qui vont venir de partout !!! C’est l’oncle de S. qui va avoir la bonne idée : « tu te souviens de la sœur de A. qui a épousé M. elle a grandi et mûri maintenant, elle est belle comme le soleil qui se lève derrière la montagne, pourquoi ne pas la demander en mariage sachant que tout est prêt ? » Aussitôt dit aussitôt fait, la demande est acceptée par la famille de celle qui deviendra ainsi la mère de S. mais aussi de ses sept sœurs. Ils s’aimèrent de suite mais la fille avait un sacré caractère et savait ce qu’elle voulait. Le père de S., reparti non pas en France, mais en Belgique et fit des pieds et des mains (enfin c’est une image hein !) pour convaincre sa femme de l’y rejoindre. Mais celle-ci s’accrochait à son village, à sa famille, à ses amis et il était hors de question de quitter cela pour un pays dont elle ne savait rien. C’était sans compter sur son diable de mari fou amoureux d’elle et qui savait sortir des arguments de poids : « tu sais ici en Belgique, on t’apporte tous les jours le pain et le lait à la maison (ben oui c’était le temps où la laitière et le boulanger livraient), tu ne marches pas dans la poussière mais sur des carreaux même dans la rue, il y a la lumière partout et la nuit est aussi claire que le jour » (à part le lait et le pain livrés , les autres arguments c’est moi qui imagine hein !). Bon cédera la mère de S. je viens mais à une condition non négociable : je prends ma meilleure amie et son mari avec moi, hors de question de les laisser ici. Pour le père de S. seul comptait son amour et son désir d’avoir sa femme auprès de lui, de la serrer dans ses bras et bien sûr il accepta. Ils vécurent heureux, eurent froid l’hiver et chaud l’été et eurent de nombreux enfants, en fait de nombreuses filles, elles furent huit. Au village on en parle encore et la famille de la première promise décédée, devint si proche de la famille de S. qu’elle en fit littéralement partie pour toujours. La maman de S. partage toujours sa vie entre le Maroc et la Belgique. Elle a gardé son caractère trempé et malgré son âge malheur à celle qui voudrait décider pour elle. Voilà S., c’est une bien belle histoire que tu nous a contée.
Autre chose, j’ai commencé à planter des arbres fruitiers, deux pommiers (j’en ai ainsi quatre) deux pruniers, une vigne. J’avais déjà un poirier et aujourd’hui je vais repartir à Aubel et ramener deux cerisiers et quatre groseilliers (deux rouges et de verts) et peut être un autre poirier. On va ainsi transformer notre pelouse en verger-potager. Léo nous dit « attention la pelouse c’est vite tondu, un verger c’est du boulot ». Il sait de quoi il parle puisque lui et Marianne ont acheté un petit coin de paradis sur les coteaux où poussent tous les fruits de la planète, y compris raisins, kakis et kiwis…Bon ben tant pis pour le boulot, mais comme on ne mange pas de pelouse, on se dit que c’est une façon d’apporter notre pierre à la nature. J’avais lu un jour que dans les années soixante, dans la région de Charleroi, plus de cinquante pour cent de la production alimentaire était d’origine domestique. C’étaient les potagers individuels, les petits élevages de lapins, poules, dindes, oies et parfois, surtout chez les italiens, moutons et cochons. Et bien je crois vraiment qu’il faut redévelopper cette production domestique, meilleur moyen de lutter contre la malbouffe et de diminuer notre empreinte écologique.
J’ai été manger ces derniers temps quatre fois chez Juliette (je l’appelle Giulietta du nom d’une grand tante aujourd’hui décédée). Chez Juliette c’est en fait à Como en Casa, moi je dis chez Juliette comme Michel Delpech disait chez Laurette, mais chez Juliette il n’y pas de machine à sous. Eh ben, n. de dju, chaque fois c’était bon et même très bon. Le plat qui m’a le plus plu c’est le borch. Un borch à la russe avec fayots et légumes, tout simplement délicieux. Un autre jour j’avais été scotché par des navets confits et une petite galette de polenta rissolée. Vous en parler me donne encore l’eau à la bouche et je crois bien que je vais manger de la polenta aujourd’hui. Juliette est contente, elle ouvre une soirée de plus qu’à notre époque donc le jeudi, vendredi et samedi. Le midi c’est du mardi au vendredi. C’est aujourd’hui Laura et Laurent qui sont en cuisine. L’ambiance est conviviale, on sent qu’à eux trois, ils vont « sketter l’baraque » comme on dit à Ecaussines.
Allei, à la semaine, je vous dirai quoi à propos de S.

P.S le cec google group ne prend pas les e-mails. Pour m’écrire : mario.gotto@gmail.com ou sur FB

lundi 20 février 2017

La génération la plus chanceuse de l'histoire

Je suis né quelques années après la guerre, six ans après, en Europe et pas n’importe où en Europe, en Belgique c’est-à-dire dans la partie la plus avancée de l’Europe de l’après-guerre. Le Portugal et l’Espagne étaitent encore sous dictature fascistes et le resteront jusque 1975, la Grèce connaîtra la dictature des colonels et l’Europe centrale vivra derrière le mur jusque la fin des années quatre-vingt. J’ai conscience d’être d’une génération chanceuse, peut-être la plus chanceuse de l’Histoire. J’ai connu pratiquement le meilleur de ce qu’on a appelé les trente glorieuses qui désigne la période de prospérité exceptionnelle s’étendant de la fin de la guerre en 1945 jusque 1974, 75. L’accord social élaboré à la fin de la guerre a assuré les droits sociaux pour tous, le droit aux soins de santé, à des allocations sociales, à des congés payés, à une pension décente, à l’enseignement pour tous. J’ai connu une enfance et une jeunesse insouciante où nous pouvions, nous amuser, nous former, nous révolter. La révolution culturelle qui a suivi mai 68 nous a donné la possibilité de choisir et de construire librement le mode de vie qui nous convenait, libéré des idées figées héritées de la bonne éducation classique ou religieuse. Elle nous a permis de prendre conscience de l’autonomie, de l’autodétermination de l’être humain : c’est l’homme qui se détermine face aux événements et non plus les croyances ou les idéologies avec en corollaire ce défi : désormais, il n’y a plus rien de définitif, il n’y a pas de modèle fini, il faut choisir et se construire à tout moment.
J’ai connu la classe ouvrière et l’importance déterminante à cette époque du mouvement ouvrier mais j’ai connu aussi ce qu’Aurélie Filippetti a appelé la fin de la classe ouvrière et de son rôle prégnant dans la société. J’ai participé aux mouvements pacifistes, aux actions de solidarité avec les mouvements de libération en Amérique latine ou en Afrique. J’ai participé aux actions de solidarité avec les réfugiés et sans papiers… Ma génération a eu la chance de connaître à la fois une certaine insouciance économique et à la fois la volonté d’être solidaire et d’agir pour plus d’égalité et de droits pour tous.
J’ai connu le développement de la radio, de la télé, de la culture de masse. J’ai connu une des plus importantes révolutions technologiques née avec l’ordinateur, internet, le smartphone et maintenant l’internet des objets, les robots, les voitures sans chauffeurs…
Je sais qu’aujourd’hui, il faut se battre pour défendre les acquis sociaux mis à mal sous les coups de boutoir du capitalisme mondialisé. Je sais que depuis la fin des trente glorieuses, l’incertitude règne en maître, de larges pans de la population connaissent le chômage et l’exclusion. Que l’angoisse est forte face aux nouvelles technologies qui remplacent le travail humain. Je crois aussi que l’avenir est fait de lutte pour plus de qualité de vie que de quantités à consommer.
La génération qui nous suit a moins de chance que la mienne et que se passera-t-il pour la génération suivante, celle de mes petits-enfants. L’idée que les générations futures seront moins bien que nous fait son chemin.
Pour ma part je reste optimiste car je crois que des révolutions mentales sont possibles qui conduiront par exemple à une diminution radicale du temps de travail et à un système quel qu’il soit d’allocation universelle.
C’est pourquoi je me dis souvent que nous avons été la génération la plus chanceuse de l’Histoire. Il y a eu par le passé de grandes civilisations, égyptienne,  grecque, romaine. Il y a eu l’époque vénitienne…Il y a eu tant de périodes faites de grands bonds en avant créatifs de richesses et de beautés.  Sans doute les classes possédantes de l’époque étaient-elles ravies, gavées de richesses, de culture, de palais somptueux, mais au prix de guerres de domination permanentes et à quel prix pour les non patriciens, pour la plèbe, pour les esclaves.
On me rétorquera que la société actuelle s’est aussi construite sur le pillage du tiers monde, sur l’exploitation des travailleurs. C’est évident et cela me révolte encore. Mais si je parle de nous, génération européenne sans guerre directe, sans faim et avec quelques soit le statut, le droit de manger, le droit à un toit, le droit aux loisirs… Il faut alors reconnaître que nous avons été bien chanceux.
Je me dis parfois que le bien-être matériel ne suffit pas. Il me faut de la découverte, de l’incertitude, de l’inconnu, en un mot de l’aventure, de l’envie, du manque que je sois obligé de combler par moi-même… Et parfois j’ai comme des regrets, l’impression que tout est fait, tous les territoires sont découverts, les inventions essentielles sont là, on ne fait plus que modifier ou améliorer le produit, la voiture ou la machine… Il semble ne nous rester que l’aventure intellectuelle ou artistique. J’y saute à pieds joints mais avec une petite pointe de nostalgie pour ces temps où il restait tant de territoires et d’espaces inconnus. Quel luxe pourrais-je dire que de se plaindre de ne pas avoir eu l’occasion de prendre des risques.
Je me dis aussi, Il devait être bien le temps où seuls cinq cents millions d’être peuplaient la planète !!! Mais si je réfléchis, je me dis que l’aventure qui nous attend aujourd’hui est d’apprendre à vivre à dix milliards, sur la même surface, sans se faire la guerre et si possible en étant bien ensemble. Beau défi non ?
Vraiment je suis né dans la génération la plus chanceuse de l’histoire, dans un continent où le pire est passé….Je l’espère.

Allei, à la semaine prochaine, je dois vous parler de ma boulangerie et de ma fabrique de pâtes.

lundi 13 février 2017

Le cerveau et le larinx produirent l'humanité

J’achève mon histoire commencée il y a quinze jours. Je vous passe des détails et deux ou trois milliards d’années. Je ne vous raconté pas comment des molécules se sont accouplées, fusionnées, unies pour produire d’autres cellules plus complexes et plus riches. Les mutations ont été lentes mais constantes. La collaboration n’a jamais cessé. L’accumulation des mutations a permis à la nature de produire des chefs d’œuvre.
Il y a six millions d’années homo s’est séparé du chimpanzé et des primates. Ce qui nous sépare est le fait qu’Homo vit debout. (Les chimpanzés sont capables de se mettre debout mais pour de courts moments). On l’appellera l’homo habilis, il commence à fabriquer des objets à partir de galets, il crée le feu de camp (en récupérant les braises laissées par les incendies d’orage) qui lui permet de dormir tranquille à l’abri d’autres carnivores, il voyage et se déplace, l’Homo erectus se développe. Et il y a cent cinquante mille ans, apparaît en Afrique une nouvelle variété d’Homo. Ce qui est surtout nouveau c’est son crâne qui atteint mille quatre cent centimètres cubes, le double de celui d’Homo habilis. Le cerveau contenu dans ce crâne a déjà le même volume que le nôtre. Il va produire plus d’outils plus affinés, des vêtements qui lui permettront de résister au froid. Certains quittent l’Afrique et s’installent en Asie (il y a cinquante mille ans), d’autres en Europe (il y a trente-cinq mille ans). Homo erectus disparaît sous la pression de ces nouveaux venus, capables de s’organiser et de mettre au point des stratégies de chasse et autres : Homo Sapiens est né.
Outre le volume de son cerveau, un autre élément lourd de conséquence est changé : la position et la forme du larynx. L’air y passe à travers des cordes vocales, produit des vibrations capables d’être modulées grâce au mouvement de la langue et des lèvres. Des sons articulés sont possibles et vont donner naissance au langage.
L’existence du cerveau et du larynx va donner naissance à la véritable intelligence. Le cerveau humain de mille quatre cents centimètres cubes est riche d’environ cent milliards de neurones. L’homme dispose ainsi de deux fois plus de connexions qu’il n’y a de secondes dans quinze millions d’années. Au départ cette machine, s’il elle existe, n’est pas en état de fonctionner. Il faut un immense travail pour que les portes s’ouvrent, que les connexions opèrent, pour que le potentiel intellectuel se transforme en intelligence active. Pour cela il faut un apport extérieur. Les sens lui en fournissent, mais l’intelligence sensorielle ne concerne qu’un neurone sur cinq mille. Homo a besoin pour se construire sapiens d’autres choses que les données brutes que sont les couleurs, les sons, les odeurs et les goûts. La structuration du cerveau est donc le résultat de son propre fonctionnement. Mais pour s’autoconstruire, le cerveau a besoin d’une nourriture plus riche. Les sources les plus précieuses qu’il va trouver sont les cerveaux de ses semblables. La porosité la plus importante est celle qui donne accès au fonctionnement intellectuel de l’Autre. Ce qui permet cette porosité c’est le langage. Grâce au langage, on pourra se transmettre non seulement des connaissances et des informations, mais aussi des projets, des angoisses, des espoirs et des émotions. La transmission des savoirs va s’accélérer. L’homme va composer des phrases avec des mots et les autres seront capables de comprendre ces phrases, ces idées mais seront aussi capables de retenir et de ranger les mots de la phrase pour en faire d’autres phrases et émettre d’autres idées et concepts (on ne parle pas de Trump ici hein !!). Tout cela grâce à ce nouveau larynx. Il y a six mille ans, l’invention de l’écriture va permettre de communiquer à travers le temps et de stocker de la mémoire. Il y a un peu plus de cent ans la radio, puis la télévision va transmettre les informations à travers l’espace. L’informatisation et la numérisation va permettre un échange illimité de l’information.
Pendant longtemps l’évolution de la population humaine a simplement résulté d’un équilibre entre les naissances et les morts. Peu à peu son effectif s’accroît, d’abord à un rythme lent. Dix mille ans avant Jésus Christ, l’effectif n’est que de cinq millions d’êtres humains. L’agriculture va lui permettre d’atteindre un effectif de deux cent cinquante millions. Cela va rester ainsi durant le premier millénaire. Au treizième siècle, nous atteindrons quatre cent millions, puis huit cents millions au XVIII ième. Et puis les choses vont s’accélérer, le premier milliard est dépassé en 1825, le deuxième en 1925,  le troisième en 1960, le quatrième en 1975, le cinquième en 1987, le sixième juste avant l’an deux mille. Nous sommes aujourd’hui, en 2017,  sept milliards et demi d’êtres humains. On parle de onze milliards en 2050.
L’accélération de l’information et de l’intelligence a permis le développement et avec lui l’accroissement de la population. Il est possible aujourd’hui, si on le veut, de nourrir les sept milliards et demi d’habitants et ceux qui vont venir. Il faut pour cela que les révolutions technologiques soient mises au service de tous et que la richesse  produite soit répartie. Mais d’énormes dangers guettent la planète. La molécule, la bactérie a produit l’homme grâce à une collaboration sans limite, saurons-nous la poursuivre ?
Ainsi, après quinze milliards d’années, du big bang, de la poussière et des gaz est sortie une petite planète où s’est formée une purée qui par une infinité de coïncidences a donné vie à des structures toujours plus riches : des protons, des noyaux, des atomes, des molécules, la reproduction, la respiration, les espèces, le cerveau, le larynx, l’homme…doté d’un pouvoir qu’aucun autre n’a reçu : l’intelligence, le pouvoir de prendre le relais de la nature et de se charger lui-même de la suite des événements. Qu’en fera-t-il ?
Je termine par cette belle idée d’Albert Jacquard qui crée le concept d’Humanitude. « Plus que le passage de la nature à l’artifice c’est le remplacement de l’Humanité reçue par l’Humanitude construite qui décrit l’aventure humaine. Cette Humanitude allons-nous la dilapider ou la construire. L’homme d’aujourd’hui ne peut plus s’abandonner au cours naturel des choses en espérant que tout ira pour le mieux. Il ne peut plus prier des puissances extérieures. Il lui faut afficher ce qu’il veut pour demain regarder et gérer les contraintes. Il n’y a pas d’ailleurs accessible pour y vivre. Nous n’avons que notre planète. S’il en existe une autre elle est à des millions d’années lumières et donc inatteignable. On pourra glaner ici ou là des minerais et autres matières. Mais notre planète est le seul endroit où nous pouvons vivre, nous sommes assignés à résidence et son avenir dépend de nous. »

Allei, c’est pas tout ça mais j’ai du pain à cuire moi hein !!
(ce texte est largement inspiré du livre d'Albert Jacquard: La légende de la vie)